La Folia italienne puis espagnole, française et anglaise XVème siècle à nos jours

 

Quelques disques permettent d’aborder ce thème musical de façon exclusive. Ceux enregistrés par Jordi Savall regroupent une petite vingtaine de versions différentes, dont celles d’Arcangelo Corelli, de Diego Ortiz et de Martin Marais. La Folia (1490-1701), Jordi Savall et al. – Alia Vox 9805

La Folia, également appelée Follia (en italien) ou Folies d’Espagne, est une danse apparue au XVème siècle au Portugal et son thème merveilleux, magnifique a servi pour des variations à plus de 150 compositeurs de Lully à Sergueï Rachamaninov. 

Sa forme connaît également un grand engouement en Espagne. . Des poètes écrivent des textes sur ce thème, tels Diego Sanchez et Gil Vicente  « chez qui La Folia est associée à des personnages populaires, bergers ou paysans en général, occupés à danser et à chanter avec énergie (d’où son nom de folia, qui signifie à la fois « amusement débridé » et « folie » en portugais. . La première publication dans le De musica libri septem de Francisco de Salinas date de 1577.

Il est plus ancien encore, puisqu’on en trouve une variante à la fin du XVème siècle dans la chanson de berger Rodrigo Martinez du Cantcionero de Palacio et autre chants de compositeurs dont les frottoles de Bartolomeo Tromboncino. Ici une partition originale de Bartolomeo Tromboncino.

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Portrait du compositeur B. Trombocino (1470 – 1535)

Ici un extrait des frottoles : touchante oeuvre de Bartonomeo Trombocino dont voici les paroles :

Tu dormi io veglio a la tempesta e vento
Su la marmorea petra di tua porta.
Tu dormi io veglio e con amaro accento
Ognor chiamo pietà che per me è morta.
Tu dormi io veglio con grave tormento
Né trovo al mio penar chi mi conforta.
Tu dormi riposata senza affanno
E gli occhi miei serrati mai non stanno.

En français :

Je te regarde dormir dans la tempête et le vent
Sur le parvisde marbre à votre porte.
Je regarde vous dormez et avec un accent amer
Chaque heure, j’appelle la piété qui pour moi est morte.
Je regarde vous dormez comme un châtiment
Je ne trouve à mon âme! Qui me réconforte.
Vous dormez et vous reposezsans respiration sifflante
Et mes yeux ne sont jamais verrouillées.

 

En ce XVème siècle, la Folia arrive en Italie avec la guitare espagnole et ses danses qu’elle accompagne : la sarabande, la passacaille et la chaconne.

Elle est adoptée par Kaspsberger  qui en publie des variations dans son Libro primo d’intavolatura di chitarone (1604). Son nom est italianisé en follia.

Une forme plus récente naît dans les années 1670.  

Elle est attestée pour la première fois dans Les Folies d’Espagne pour ensemble de hautbois et bassons de Lully. Elle fut importée ensuite en Angleterre par Michel Farinel  où elle prend le nom de Farinel’s Ground (« ostinato de Farinel »). 

On peut se faire une idée de l’engouement provoqué par ce thème en lisant ce que dit Robert de Visée dans l’introduction de son Livre de guittarre (1682) : « …on ni trouvera point non plus de folies d’Espagne. Il en court tant de couplets dont tous les concerts retentissent, que je ne pourois que rebattre les folies des autres. »

 

LA FOLIA avec la guitare espagnole : merveilleuse interprétation de Alejandro Carrillo Gamboa

En 1717,  elle est « la plus connue des mélodies de sarabande » selon Gottfried Taubert. 

En France, dans sa Troisième Suite en ré mineur de ses Pièces de Clavecin (1689), Jean Henry d’Anglebert donne vingt-deux couplets sur Les Folies d’Espagne.

François Couperin, quant à lui, compose vers 1722 Les Folies françaises ou les Dominos, suite de variations sur un thème musical très proche (Troisième livre de clavecin, 13e ordre, si mineur).

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François Couperin (1668 à 1733)

LES FOLIES FRANCAISES ou LES DOMINOS (au clavecin) de François Couperin interprété par Huguette Dreyfus

Celle de Corelli, incluse dans l’Opus 5 de ses sonates pour violon et continuo, eut une influence particulière sur la formation d’une vaste gamme de styles de variations sur ce thème, ensuite imitées par d’innombrables compositeurs plus ou moins connus.

Selon le portugais Rui Vieira Nery (musicologue) , ces différents traitements d’un même thème relèvent d’une « subversion […] où la plus savante variation, l’ornementation la plus débridée ne brisent jamais l’élan hypnotique initial. Dans ces « standards » avant la lettre, la déraison de chacun, compositeurs et interprètes, transporte l’auditeur »3.

Dans toute l’Europe, dès le XIème siècle,  la folia devient l’un des terrains favoris pour des variations instrumentales d’une haute virtuosité.

Mais l’engouement pour la folia diminue au cours du XIXème siècle, même si on la retrouve dans certaines brillantes variations pour le clavier, comme la Rhapsodie espagnole de Franz Liszt ou dans Les Folies d’Espagne variées et un menuet de Fernando Sor.  

Avec Rachmaninov, elle revient au XXème siècle avec succès dans ses Variations sur le thème de Corelli (1931)mais égalementavec les Variations sur la Folia de Espanaet Fugue pour guitare de Manuel Maria Ponce.Depuis, elle a été fréquemment utilisée par les compositeurs les plus variés comme par Vangelis notamment.

Analyse musicale

Le thème de La Folia repose sur la succession d’accords (ici en ré mineur) :

Ré m / La(7) / Ré m / Do / Fa / Do / Ré m / La(7)

Ré m / La(7) / Ré m / Do / Fa / Do / Ré m – La(7) / Ré m

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