32. ☼~~☼Le Chant des sept Evidences – ☼~~☼

Le Mont Kailash

Les articles 2 jusqu’à 6 de TIBET PRECIEUX commencent l’étude des Cent mille chants de Milarépa : nous poursuivons cette étude en proposant aussi la lecture d’un livre précieux pour les Kagyupas ICI https://livresbouddhistes.com/2018/12/10/gampopa-seunam-rinchen-le-precieux-ornement-de-la-liberation/

LE PRECIEUX ORNEMENT DE LA LIBERATION de Gambopa Seunam Rinchen.

Cependant, reprenez le début si vous n’avez déjà lu de ces trois livre des Cent mille chants de Milarépa ; qui sont tellement riches et denses qu’ils sont dans ma bibliothèque des plus importants comme Oeuvre mystique et spirituelle et mérite notre Méditation et Ouverture.

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MILAREPA

REPRENONS :

 Milarépa, étant encore assailli par les esprits affamés ou avides chante ceci :
Je me prosterne aux pieds de Marpa, Seigneur Traducteur
Moi le yogi qui ait réalisé la non-existence de toutes choses
Je récite le chant des Sept grands ornements.
Vous ici, vénimeux démons mâles et femelles,
Prêtez l’oreille et soyez attentifs !

Le fabuleux Sumeru chödten central (****)
A l’éclat de malachite
Est Grand Ornement du ciel de Dzamling
Au-dessus de l’arbre, haute chevelure de la montagne
La lumière de lune et soleil
Est grand Ornement des quatres continents.
Prodige de l’Esprit d’Eveil, ô Naga
La chute des pluies depuis les étendues célestes
Est Grand Ornement de l’étroite terre.
Dans l’espace, les nuages du Sud
Surgis des vapeurs d’eau de l’océan.
Sont Grands Ornements des cieux.
Loi de causalité, chaleur et humidité,
Aux pentes herbeuses, l’été fleurit l’arc-en-ciel
En grand ornement des monts verdoyants.
A l’ouest s’écoule du lac Mapam
Au sud s’épanouissent les fruits de Dzamling,
Ce sont Grands Ornements pour tous les êtres.

Moi le yogi je tiens à la solitude.
Par mon pouvoir de méditer le Vide de l’esprit,
Des démons et lutins je subis les maléfices
Qui sont Grands ornements de l’ascète.

Ecoutez bien, vous les non-humains !
Qui suis-je me connaissez-vous ?
Je suis le yogi Milarépa
Si vous ne me connaissez pas.
Depuis mon coeur j’ai donné naissance
A la fleur de l’esprit, l’amour.

Par un chant, une mélodie plaisante, j’ai expliqué.
Par une parole, des mots sincères, j’ai enseigné.
Avec bienveillance je lance un avis.
Purifiez et tendez votre esprit vers l’Eveil
Même si cela n’est pas pour le bien des autres
Si vous renonciez aux dix maux
Pourquoi ne réaliseriez vous pas le bonheur, le repos.
L’émancipation pour vous mêmes ?

Ecoutez ce que je dis, le but sera atteint.
Pratiquez aujourd’hui le bouddhisme, demain sera félicité.
Ainsi il a chanté.


(****) (Le Sumeru mchod-rten pour les bouddhistes et les hindouistes le mont Sumeru est l’axe du monde. Il est placé au centre des quatre continents formant l’univers : l’axis mundi sur lequel repose le ciel. Le “jambudvipa” est notre continent, celui sur lequel nous vivons (situé au sud du Tibet). Il est nécessaire de se représenter la montagne Sumeru comme un énorme cristal de roche. L’arbre de Sumeru prend racine dans l’océan et atteint le ciel. Il est souvent associé au canal mystique central ou le Mont Kailash.

Milarépa par son chant essaye de convaincre ceux qui ne veulent pas cesser de le tourmenter : ces esprits avides qui errent : ceux-là ont perdu leur corps physiques et se trouvent également dans le monde des enfers : ils oscillent dans les deux mondes : celui des avides et des démons. Il leur fait comprendre leur errance et leur état ainsi que leur stupidité. Est-ce avec un tel discours qu’ils cesseront de le tourmenter ?

Et, puis, il leur dit qu’ils sont nécessaires à son évolution, qu’ils sont même des Ornements pour l’ascète, le yogi, vers sa réalisation. Malgré le fait qu’ils n’ont plus de corps physique du monde de chair : ils arrivent à créer des phénomènes matériels. Milarépa ne les craind pas. Vont-ils cesser de l’ennuyer ? Simplement avec un discours, un dialogue et sa demande à Marpa, son Guru.

Sachant que ces êtres existent de nos jours incarnés et désincarnés, il n’est pas bien vu d’en parler. Quels sont les plus redoutables : ceux qui ont encore prise réelle sur la matière en vivant la vie sur terre ?
(Lorsque l’on voit l’état de désolation et de guerre actuellement … il est important de se ressourcer et de méditer, d’avoir une vie des plus saines pour garder la force et l’équilibre afin de nourrir notre esprit et notre corps et d’être présent à nos proches.

Cependant, la vie spirituelle pour être active a besoin d’activation et de nourriture céleste pour alimenter le céleste de nos corps dont nous avons conscience, ce qui n’est pas le cas des esprits dont on parle : ils n’ont pas conscience de cela : les portes sont verrouillées et pourtant, au fond d’eux, ils savent ces choses et de ce fait, ces paroles peuvent trouver un écho).


La plupart de ces êtres non humains, en signe de foi et de révérence envers le Jetsün Milarépa, apaisèrent leurs sortilèges.

Ils dirent : » Si nous n’avions pas vu les signes de l’étonnant yogi que vous êtres, si vous n’aviez pas expliqué l’essence des choses, nous n’aurions pas compris. Nous ne vous infligerons plus d’obstacles. Car si nous avons bien saisi, à cause de notre peu d’intelligence et de nos inclinaisons lourdes et mauvaises, nous vous sommes très reconnaissants pour vos paroles sur les conséquences des actes anciens.

Nous demandons maintenant des enseignements de paix, facile à comprendre, procurant un grand profit à l’aide de peu de mots.

Milarépa dès lors dit et chante alors ce

« Chant des Sept Evidences ».

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Je me prosterne aux pieds de Marpa le Traducteur.

Qu’il m’accorde la faveur d’un esprit purifié. Si le sens ne s’accorde pas Avec les mots de vérité, Le chant est une viole au son altéré. Le Dharma qui n’est pas illustré Par la parabole juste, Même en prosodie savante, N’est qu’un son d’emprunt.

Celui qui ne s’attache A la connaissance pratique de la Loi Même s’il dit : je sais, Il se dupe lui-même.

Celui qui ne médite pas les instructions De la lignée de transmission orale S’astreignant à la solitude, Il s’afflige lui-même.

Si l’homme de la terre Ne s’appuie sur le bouddhisme, Aussi vigoureux soit-il, son labeur n’est que douleur. Celui qui ne compte pas précisément Les conséquences et les causes de ses actes, Malgré les avis judicieux, Se révèle insensé.

Celui qui sans étudier la portée et la valeur des mots En donne l’explication Celui-là est un coquin.

Abandonnés, les actes non vertueux s’obscurcissent. Observées, les oeuvres louables existent puissamment. Pratiquez en étant concentrés sur un seul point !

Employez en grand nombre des mots est inutile Aussi je vous prie de garder ceux-ci en mémoire.

Ainsi il a chanté.

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Cette incitation au Dharma convainquit les démons. Ils montrèrent du respect, saluèrent et tournèrent autour du Vénérable. Alors que tous s’en étaient allés vers leur demeure respective, Bharo, le chef, assisté de quelques acolytes, exhibat encore une fois ses pouvoirs magiques. Le Jetsün de nouveau, chanta un enseignement sur la loi du karma.

Je me prosterne aux pieds de Marpa le Bienveillant.

Ecoutez encore, êtres démoniaques !

Votre corps erre dans les airs sans opposition. Vos penchants enchaînés par les pensées vicieuses.

Avec les crocs de la détresse vous menacez autrui,

En tourmentant les autres vous ne torturez que vous.

La véracité du karma ne se démentit jamais. Nul n’échappe au pouvoir des actes venus à maturité. Vous établissez vous-mêmes votre propre supplice.

Ah pitié pour les folies des ombres affamées ! Quelle tristesse que leur capacité de mal ! La mélancolie se lève à de telles pensées.

Vous avez accumulé tant de méchantes actions, Et vous désirez pourtant en collecter encore. Gorgés et souillés par les blessures et les meurtres. Vous vous réjouissez de dévorer chair et sang en prenant la vie de créatures vivantes.

Parmi six classes d’êtres en mouvement vous avez obtenu un corps de préta* excerçant le mal, vous avez chuté dans les mondes inférieurs. Hélàs tant de douleur ! Alors, tournez vos pensées vers la Doctrine, Sans espoir ni crainte, vite, réalisez le bonheur.

Ainsi il a chanté.

* préta : Le préta est traditionnellement symbolisé par un fantôme affamé qui a une bouche minuscule comme le chat d’une aiguille, un cou et une gorge étroite, des bras et des jambes maigres et un ventre gigantesque. Sa bouche et sa gorge sont trop petits pour laisser entrer suffisamment de nourriture pour remplir le ventre immense, aussi a t’il toujours faim. Et la lutte en vue d’apaiser cette faim est très douloureuse parce qu’il lui est très dur d’avaler ce qu’il mange.*

Ces êtres alors réagirent et dirent : « Parce que tu es très très savant pour prêcher la Doctrine, nous avons compris. Mais toi, quelle assurance as-tu obtenu de la pratique du Dharma ?.

Alors le Vénérable prononça un autre chant :

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Chant de la Totale Confiance

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Je me prosterne aux pieds de Marpa le Juste.

Moi le Yogi qui ai réalisé l’ultime vérité

Je possède l’assurance de l’état où rien ne se crée

J’accomplis par étapes les expériences du libre chemin Avec compassion, restant attaché aux symboles De puis l’infinitude de la plus haute réalité, Je chante une mélodie.

Aveuglés par les voiles épais de vos actes funestes, Vous ne concevez pas l’état primordial de l’absolue vérité.

Aussi vais-je exposer un principe ordinaire.

Jadis, depuis les *Sûtras et Tantras* immaculés, des bouddhas omniscients ont énoncé avec ardeur La loi des actes, de leurs causes, de leurs fruits. L’expression véridique de la vérité vraie. Ecoutes les paroles du souverain amour !

Je suis le yogi ayant développé son expérience Par l’observation des obstacles illusoires Je sais par l’introspection, la science intérieure qu’ils sont sortilèges inexistants. Sans origine, sans fin, vide de toute éternité, tel est l’esprit. Cela fut aperçu grâce à l’héritage du Grand Naropa,

Aux bienfaits de la méditation solitaire, A la protection de la lignée des Lamas. J’ai médité les pensées du Victorieux Clairvoyant, La somme des sentences des Tantras ésotériques, Et les points essentiels furent éclairés par le Seigneur Guru.

Par ma capacité de concentration sur les *étapes de création et d’accomplissement *

Parce que j’ai cerné les causes du processus mental à leur source, Je ne crains plus les oppositions des chimères extérieures

Comme tant de yogis semblables à la splendeur de l’espace J’appartiens à la grande lignée divine.

Après s’être longtemps exercé à l’état originel de l’esprit, La mémoire des fantasmes s’évanouit dans le *champ mystique *

Je ne distingue plus l’offenseur de l’offensé Il est certain que rien d’autre ne fleurit Dans les discours sacrés des *corbeilles * de la Doctrine.

Ainsi il a chanté.

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*corbeille* signifie « les paroles sacrées dans les réceptables de la Doctrine, les recueils de textes.

*champ mystique* signifie l’état primordial au-delà de l’être et du non-être

*étapes de création et d’accomplissement * signifie les Etapes qui conduisent à l’accomplissement de l’esprit dans son état naturel et primordial.

*Sûtras et Tantras* Sûtra en tibétain se dit mdo : les mdo révèlent la parole des bouddhas et exposent des préceptes ésotériques. Les tantras en tibétain « rgyud » contiennent les rites

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Bharo et son entourage, enlevant chacun leur ornemet frontal (dénouer les rubans qui attachent au sommet de la tête, enlever chapeau ou tout ornement crânien, est signe de respect devant un Lama) saluèrent et tournèrent plusieurs fois autour du Jetsün Milarépa. Ils dirent vouloir offrir des vivres pour une lune et disparurent comme se dissipe un arc-en-ciel.

Au matin lorsque le jour se levait ce même Bharo survint. Escorté d’une suite nombreuse, de femelles parées de charmants atours, il conduisait au maître des plateaux de métal chargés de victuailles : viande, riz, ainsi que des précieux récipients chargés de à raz bord de boissons : différents sortes de Tchang et de d’alcool de raisin.

– Désormais, annoncèrent ils, nous nous soumettons à vos ordres : quelles que soient vos injonctions elles seront exécutées. Ils saluèrent, se prostèrnèrent et s’éclipsèrent.

Parmi eux se trouvait un chef d’une communauté, un grand Déva (une des classes des divinités tibétaines) nommé Gyelpo Thangdrèm. De tout ceci,Vénérable en sa pratique, retira un puissant bienfait. Heureux de corps et d’esprit, ne ressentant plus du tout la faim, Milarépa séjourna là un mois.

Mais le site de Latchi Tchuzang restait gravé en son coeur. Sur la route y accédant, en vue du fond de la vallée, il s’assit un moment sous l’abri d’un haut roc, le centre d’une plaine de tamaris. De nombreuses Dakinis, désirant le saluer, vinrent l’entourer et lui présenter diverses offrandes. Puis les messagères s’évanouirent, laissant deux empreintes de pieds sur la pierre.

Par la suite, le Jetsün marcha un peu et sur toutes les voies de passage, des êtres non humains, magiquement, lui exhibaient quelques grands sexes féminins. Alors, le regard et l’attitude des divinités tantriques, il dressa son membre viril et avança. Il ajusta la partie secrète de son corps à la roche et celle-ci recueillit l’élixir fécond dans un interstice qui transcenda tous les augures : ce lieu où les charmes s’apaisèrent fut plus tard renonmé pour ses sillons et ses chandelles.

Sur le point d’atteindre au bas de la pente, le Vénérable fut accueilli par Bharo. Celui-ci ayant érigé un trône, apportades offrandes et demand la Doctrine. Le Jetsün dit plusieurs enseignements sur les causes et leurs consséquences. Bharo partit, se dissolvant dans un roc situé en face du trône.

Milarépa toucha au creux de la vallée : extrêmement réjoui, il y resta environ un mois avant de se rendre à Nyanang Tsarma.

Aux donateurs, il dit :

« J’ai subjugué les démons qui hantaient Drélung Kyomo, mais j’étais avant tout parti là-bàs pour méditer.

Alors la foi des villageois devient excellente.

Tel le chant de Tchuzang, le voyage à Latchi.

REMARQUE :

Ceci se trouve dans le premier livre des Cents mille chants de Milarépa. Il peut à priori semblé totalement spécial pour les occidentaux, voire comme une légende d’un être particulier anachorète solitaire voyageant et, la persévérance, sans forcer, vous les êtres sensibles vous y reviendrez de par la finesse et l’érudition spirituelle de Milarépa et ses connaisssances, enseignements qu’il apporte forçant le respect de tous. C’est ainsi qu’il constitue une étude et rien de mieux pour un méditant de méditer avec ce qu’il chante. Voyez-vous sur un autre registre, dans le monde de la chrétienté, celle que l’on apellait « La petite Thérèse » disait qu’elle aimait à penser. Elle méditait sur la vie de Jésus et les écritures de la Bible extrêmement riche elle aussi.

Chacun ressent ce qui lui convient. Milarépa est unique lui aussi dans l’expression de son parcours : il marchait seul dans différentes contrées laissant derrière lui ses pas chantés et, chaque pas laisse une trace profonde dans l’âme. Ces chants ont traversé les siècles, intacts encore aujourd’hui. Il est possible de revenir sur chaque chant pour en absorber la substance essentielle
Bien à vous cher lecteur,

Paix et Amour.
Transcription©Karma Samten Tcheu Dreun/Colinearcenciel

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