
De l’Acte et de la Connaissance
Le renoncement à l’action dans la connaissance
(Le Bienheureux dit :
- Le Yoga impérissable, je l’ai enseigné à Vivasvat : Vivasvat l’a communiqué à Manu et Manu l’a transmis à Iksvâku.
2. C’est grâce à cette tradition que les sages royaux l’ont connu. Mais, au fil du temps – ô héros terrible – ce yoga s’est perdu.
3. C’est ce même antique yoga que je t’ai aujourd’hui enseigné. Je t’ai traité en fidèle et en ami, car c’est là le mystère suprême.
4. Arjuna dit : » Ta naissance est récente, celle de Vivasvat ancienne. Comment comprendre que tu aies pu l’enseigner à l’origine ? »
5.(Le Bienheureux dit : » Nombreuses sont mes naissances passées et les tiennes également, Arjuna. Moi je les connais toutes mais il n’en va pas de même pour toi, ô Tourment de tes ennemis !
6. Bien que je sois sans naissance, impérissable bien que je sois le Seigneur des Êtres, je me produis moi-même et usant de ma propre maya.
7. A chaque fois que l’Ordre chancelle et que le désordre se répand, je me recrée moi-même.
8. Je renais ainsi d’âge en âge pour la protection des bons et la perte des méchants, pour la restauration de l’ordre.
10. Ma naissance et mon oeuvre sont divines. Celui qui, en vérité, sait ainsi, celui-là quant il quitte son corps, ne va pas à une nouvelle naissance ; c’est à moi qu’il vient ô Arjuna.
11. De la manière dont ils se tournent vers moi. Je me communique à eux. Toujours ô fils de Kunti – les hommes suivent mon exemple.
12. Ceux qui recherchent le succès des rites sacrifient ici-bas ici-bas aux dieux. C’est que dans le monde des hommes ce succès ne tardent pas à se produire.
13. J’ai créé les quatre classes, chacune avec ses qualités et ses devoirs propres Saches que, tout en étant l’auteur, je demeure immuable, au-delà de l’agir.
14. Les actes n’adhèrent pas à moi. En moi nul désir de leur fruit. Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par ses actes.
15. Les anciens eux aussi, bien qu’avides de délivrance, ont accompli les rites. Agis donc, toi aussi comme l’ont fait jadis les anciens.
16. Qu’est ce donc que l’agir ? Et qu’est ce que le non-agir ? Là-dessus, les sages inspirés eux-mêmes sont restés perplexes. Je t’enseignerai donc ce qu’est (vraiment) l’agir de telle sorte qu’après l’avoir connu tu seras délivré du mal.
17. Il faut prendre conscience de ce que sont l’action dévoyée et l’absence d’action. Impénétrables, à vrai dire, sont les voies de l’action.
18. Celui qui discerne le non-agir au sein même de l’agir et l’agir au sein même du non-agir, celui-là est sage entre les hommes. Unifié en lui-même, il s’acquitte de toutes ses tâches.
19. Celui dont toutes les entreprises sont exemptes de désirs et de projets, dont les actes sont calcinés au feu de la connaissance, les gens avisés le considèrent comme un sage.
20. Devenu indifférent aux fruits des actes, toujours comblé, ne dépendant de rien, celui-là, en réalité, n’agit pas, si affairé qu’il puisse paraître.
21. Dépourvu d’envie, son esprit dompté, ayant renoncé à toutes possession, il n’agit que par son corps et ne s’expose à aucune souillure.
22. Satisfait de ce que le sort lui apporte, ayant renoncé à toute possession, il n’agit pas, si affairé qu’il puisse paraître, dégagé des couples d’opposés, exempte d’égoïsme, égal dans le succès et dans l’insuccès, il n’est pas lié alors même qu’il agit.
23. Celui qui se défait de tout attachement, qui est libété, l’esprit solidement ancré dans la connaissance, et qui s’emploie aux oeuvres du sacrifice, voit l’ensemble de ses actes se dissoudre.
24. L’acte oblatoire est brahman et pareillement l’offrande elle-même, celui qui la fait, le feu dans lequel il la fait, tous sont brahman celui qui place ainsi brahman. Il ne peut qu’aller en brahman celui qui place ainsi brahman dans l’acte sacrificiel.
25. Certains parmi les yogin n’envisagent que les dieux comme destinataire du sacrifice. D’autres offrent, dans le feu du Brahman, le sacrifice par le (seul) sacrifice
26. D’autres sacrifient tous les opérations des sens et des souffles dans le feu (dans le feu du yoga)
27. D’autres sacrifient toutes les opérations des sens et des soufffles dans le feu du yoga de la maîtrise de soi, allumé par la connaissance.
28. D’autres, ascètes rigoureux en leurs observances, sacrifient en offrant leur richesses, ou en se livrant à des austérités, ou en pratiquant un yoga de la maîtrise ou en s’adonnant à la récitation védique et à l’étude.
29. D’autres encore, qui s’appliquent au contrôle du souffle, sacrifient leur souffle expiré dans le souffle inspiré ou l’inverse, en bloquant tour à tour l’expiration et l’inspiration.
30. D’autres encore, s’exerçant à jeûner, sacrifient le souffle dans le souffle. Mais tous sont des connaissants du sacrifice et, par lui, ils se libèrent de leurs souillures.
31. Ceux qui se nourrissent de cette ambroisie que sont les restes du sacrifice vont à l’éternel brahman. A qui ne sacrifie pas ce monde ci ne saurait appartenir encore moins à l’autre monde, ô toi le meilleurs des Kuru.
32. Ainsi bien des sortes de sacrifices vont dans la bouche de Brahman. Mais tous procèdent de l’acte. Si tu comprends cela, tu seras délivré.
33. Le sacrifice en pensée l’emporte sur le sacrifice matériel – ô héros terrible. Mais toutes espèces d’actions – ô fils de Prtha – est englobé dans la connaissance.
34. Les sages qui voient la réalité t’enseigneront cette connaissance si tu te te prosterne devant eux, les interrogent et te mets à leur service.
35. Une fois que tu la possèderas – ô fils de Pandu – tu ne tomberas plus jamais dans la confusion. Par elle, tu verras que tous les êtres, sans exception, résident en toi-même, c’est-à-dire en moi.
36. Et ainsi, serais-tu, le pire de tous les criminels, le radeau de la connaissance te fera traverser l’océan du mal.
37. De même – ô Arjuna – qu’une fois allumé le feu réduit réduit le combustible en cendres, de même le feu de la connaissance réduit le combustible en cendre, de même le feu de la connaissance réduit-il en cendres tous les actes.
38.Rien ici-bàs ne purifie comme la connaissance. Avec le temps, l’homme accompli en yoga la découvre spontanément en lui-même.
39. L’homme de foi acquiert la connaissance s’il est tendu vers elle, tous ses sens domptés. Une fois en possession de la connaissance, il ne tardera pas à atteindre la paix suprême.
40. L’ignorant privé de foi et en proie au doute, est un homme perdu. Celui qui doute est un homme perdu. Celui qui doute ne connaîtra le brahman ni en ce monde ni en l’autre.
41. Celui, qui par le yoga, s’est libéré de l’action, qui par la connaisssance, a tranché le doute, cet homme maître de lui-même – ô Dhananjaya – les actes ne sauraient l’enchaîner.
42. Tranches donc avec l’épée de la connaissance ce doute né de l’ignorance et installé dans ton coeur. Aie recours au Yoga et redresses-toi et redresse-toi ô Bharatide ! »
Voici une lecture de ce Chant IV par Le Vieux Sage ci-dessus
Essence du Chant IV — Jñāna Karma Sannyāsa Yoga
Le Yoga de la Connaissance et de l’Action Juste
Ce chant est un des plus lumineux de la Bhagavad Gîtâ. Il explique comment agir dans le monde sans être enchaîné par l’action, grâce à la connaissance intérieure.
Voici les points essentiels, exprimés simplement :
Krishna révèle l’origine divine du Yoga
Il explique à Arjuna que ce yoga n’est pas nouveau : il l’a enseigné, puis transmis de maître à disciple, dans une lignée très ancienne. Mais avec le temps, cette connaissance s’est perdue.
C’est pourquoi il la révèle à nouveau maintenant.
Le mystère de la naissance divine
Krishna répond :
Toi et moi avons eu de nombreuses naissances,
mais toi tu les as oubliées,
moi je m’en souviens toutes.
Il explique que lorsqu’il apparaît dans le monde, ce n’est pas une naissance ordinaire : il se manifeste librement, par compassion, pour rétablir le dharma.
Pourquoi Krishna descend dans le monde
Il dit clairement :
« Quand le dharma décline et que l’adharma s’élève, je me manifeste. Pour protéger les justes, détruire le mal et rétablir la justice. »
C’est un des versets les plus célèbres de toute la Gîtâ.
Agir sans être lié : le cœur du Chant IV
Krishna enseigne que :On peut agir sans créer de karma,
si l’action est accomplie sans égo,
sans attachement,
comme une offrande,
avec connaissance.
C’est ce qu’il appelle l’action dans l’inaction, et l’inaction dans l’action.
Ce n’est pas l’action qui enchaîne, c’est l’attachement au résultat.
La connaissance brûle le karma
Krishna dit que la connaissance spirituelle est comme un feu qui : consume les actions passées,
libère de la peur,
donne la paix intérieure.
C’est pourquoi ce chant s’appelle le Yoga de la Connaissance