
Adi Shankara est bien l’auteur d’un commentaire classique sur la Bhagavad-Gītā. Ce commentaire est l’un des plus anciens et les plus influents dans la tradition de l’Advaita Vedānta.
Dans le premier chant de la Bhagavad-Gītā, Adi Śhaṅkara expose deux points essentiels.
Le Seigneur, ayant créé l’univers, désira lui assurer la stabilité.
Pour ce faire, il créa d’abord les Prajāpati, quelques Marīci et leurs semblables, et les engagea sur la voie de l’action. Il créa ensuite d’autres êtres, tels que Sanaka et Sanandana, qu’il engagea sur la voie du renoncement, fondée sur la connaissance et le détachement.
Double est en effet la loi énoncée dans le Veda : d’un côté l’action, de l’autre le renoncement. Cette loi constitue le fondement unique de la stabilité de l’univers et de l’accès des créatures au bonheur terrestre ainsi qu’au bien suprême.
Longtemps, cette loi fut observée par les gens des différents varṇa, aspirant au souverain bien. Mais la naissance de la convoitise chez les êtres entraîna le déclin de leur intelligence discriminatrice, provoquant la décadence de l’ordre et sa subversion par le désordre. C’est alors que Viṣhṇu, le créateur originel, aussi appelé Nārāyaṇa, désireux de préserver la stabilité du monde et de protéger l’ordre brahmanique sur cette terre, s’incarna partiellement dans l’enfant Kṛṣṇa, engendré par Devakī et acquis par Vasudeva.
Le Bienheureux et Omniscient Vyāsa transmit en 720 versets, sous le nom de Gītā, cet enseignement de la loi divine donné par le Seigneur.
Ce traité est un condensé de l’ensemble des enseignements du Veda, mais son cœur est d’un accès difficile.
Certes, les mots qui le composent, leur contenu et les arguments employés ont été maintes fois expliqués pour en élucider le sens. Cependant, face à la diversité et au caractère contradictoire des opinions que les gens se forment à son sujet, j’ai entrepris de rédiger un bref commentaire afin d’en déterminer le contenu avec précision.
Pour le dire en bref, ce qui motive ce traité de la Gītā, c’est l’atteinte du souverain bien, marqué par la cessation complète de la transmigration (du cycle des naissances et de ses causes).
Cette cessation est le fruit d’une conduite fondée sur la connaissance du Soi et l’abandon de toutes les œuvres.
C’est en référence à cette conduite, prônée par la Gītā, que le Seigneur lui-même déclare : « Cette voie convient parfaitement pour réaliser l’état de Brahman. »Il ajoute dans ce même texte : « Étranger au mérite comme au démérite, à l’auspicieux comme à l’inauspicieux, il demeure égal, sans penser à qui que ce soit. » Et encore : « Le savoir a pour signe le renoncement. »
À la fin du chant, il est dit à Arjuna : « Laisse de côté toutes les règles et cours vers moi comme vers ton unique refuge ! » (Chant 18, verset 66).
Cette conduite, fondée sur les œuvres prescrites selon les varṇa et les stades de vie, vise certes la prospérité matérielle et peut conduire, après la mort, au séjour des dieux ou d’autres êtres supérieurs.
Mais elle débouche aussi sur la purification de la pensée, pour peu qu’elle soit pratiquée avec un esprit tourné vers le Seigneur et indifférent aux résultats immédiats.
L’homme dont la pensée est purifiée acquiert ainsi la capacité de se fixer sur la connaissance, laquelle finit par surgir en lui et le mène au souverain bien.
C’est dans ce même esprit qu’il est déclaré : « En confiant au Brahman tous ses actes, les yogins agissent sans attachement, pour la purification de leur Soi » (chant 5, versets 10 et 11).
Ce traité de la Gītā présente la double règle de conduite menant au souverain bien.
Il expose, comme objet central de son discours, la réalité suprême du Brahman, également appelée Vāsudeva.
Il traite ainsi d’un objet particulier, dans un but particulier, selon une relation particulière entre le but et les moyens. Et puisque l’atteinte de tous les buts de l’homme est subordonnée à la compréhension de ce contenu, je vais m’efforcer d’en élucider le sens.

Bhakta : dévot, celui qui pratique la bhakti (dévotion).
Mukunda : un des noms de Krishna, signifiant “celui qui libère”.
Māyā : énergie illusoire, principe de la manifestation matérielle.
Varṇa : classe sociale ou fonction spirituelle dans la société védique.
Guṇa : attributs fondamentaux de la nature (sattva, rajas, tamas).
Brahman : réalité absolue, principe divin omniprésent.
Vāsudeva : nom de Krishna, fils de Vasudeva, représentant le Seigneur.
👥 Prajāpati (प्रजापति) — “Seigneur des créatures”
- Étymologie : Praja = progéniture, créatures ; pati = seigneur. Donc Prajāpati signifie “Seigneur des créatures”.
- Origine :
- Dans les Vedas, Prajāpati est une divinité primordiale associée à la création du monde et des êtres vivants.
- Il est parfois identifié à Brahmā, ou considéré comme une fonction cosmique plutôt qu’un dieu unique.
- Fonction :
- Les Prajāpati sont aussi une catégorie de divinités créatrices, souvent au nombre de dix ou plus, engendrés par Brahmā ou Manu pour peupler le monde.
- Ils sont liés aux cycles de la vie, aux sacrifices rituels, et à la reproduction cosmique.
- Symbolisme :
- Prajāpati incarne le sacrifice créateur, et est parfois assimilé au Purusha cosmique démembré dans les cinq directions de l’espace
Marīci (मरीचि) — “Rayon de lumière”
- Étymologie : Le mot Marīci signifie “rayon de lumière” en sanskrit.
- Origine : Il est l’un des Saptarishi (les sept sages) dans la tradition hindoue, et un fils mental de Brahmā, le dieu créateur.
- Rôle :
- Il est considéré comme un ancêtre des devas et des asuras, par son fils Kaśyapa, qui engendra de nombreuses lignées divines et démoniaques.
- Dans certaines traditions, Marīci est aussi mentionné dans le Jainisme comme une incarnation antérieure de Mahāvīra.
Source : Britannica, wisdom library, La Bhagavad Gîta : extraits du traducteur Michel Hulin