
Le Chant VIII explore la nature du Brahman, le destin de l’âme après la mort, et surtout la voie de libération par l’union constante avec le divin. C’est un chant profondément métaphysique, où Krishna révèle à Arjuna les mystères de l’existence, du temps, et de la délivrance ultime.
Comprendre le Brahman et l’âme individuelle
Krishna distingue plusieurs réalités :
- Le Brahman — l’Absolu, l’Être suprême, la réalité éternelle.
- L’Adhyatma — l’esprit intérieur, la conscience individuelle.
- Le Karma — l’action qui conditionne la destinée.
- L’Adhibhuta et l’Adhidaiva — les principes cosmologiques qui régissent le monde manifesté.
Il explique que connaître ces principes permet de comprendre la structure de l’univers et la place de l’âme dans le cycle des renaissances.
Le moment de la mort : un passage décisif
Krishna enseigne que l’état de conscience au moment de la mort détermine la destinée de l’âme. Celui qui, au dernier instant, se souvient de Krishna, atteint l’union avec le divin.
L’idée centrale : « On devient ce que l’on contemple au dernier moment. »
Ainsi, la pratique spirituelle vise à stabiliser l’esprit pour que, au moment ultime, il soit tourné vers le Brahman.
La voie du Yoga de la dévotion
Krishna décrit une méthode : contrôler le souffle, concentrer l’esprit dans le cœur, fixer la pensée sur l’Absolu, répéter le Om, symbole du Brahman.
Cette discipline permet d’atteindre la demeure impérissable, au-delà du temps et de la mort.
Krishna expose deux chemins :
- La voie lumineuse (archiradi-mārga) : celle des yogis, qui mène à la libération définitive.
- La voie obscure (dhūmādi-mārga) : celle des êtres attachés au monde, qui conduit à la renaissance.
Celui qui suit la voie lumineuse ne revient plus dans le cycle des naissances.
La nature du temps cosmique
Krishna révèle la durée cosmique : un jour de Brahmā dure des milliards d’années,
Une nuit de Brahmā également ; un jour de Brahmā dure des milliards d’années ;une nuit de Brahmā également.
À chaque cycle : les êtres sont manifestés, puis résorbés dans l’Absolu.
Mais celui qui atteint Krishna transcende ces cycles.
Conclusion : la suprême voie de salut
Le Chant VIII affirme que : la méditation sur le Brahman, la dévotion envers Krishna, la maîtrise de l’esprit, conduisent à la libération ultime, au-delà de la mort, du temps, et de la création.
Le cœur du Chant VIII
L’union au Brahman est le salut. Cette union s’obtient par la mémoire constante du divin, surtout au moment de la mort, et par une vie de discipline intérieure et de dévotion.
L’union constante par les noms divins : un chemin de bhakti
Le Nom comme “pointeur” vers le Divin
Pour de nombreux dévots, les noms du Seigneur — Krishna, Govinda, Hari, Narayana, Shiva, Rama, etc. — fonctionnent comme des pointeurs : ils ne sont pas seulement des mots, mais des portes d’accès à la Présence.
Chaque nom : évoque une qualité divine, rappelle une histoire sacrée, réveille une émotion spirituelle, ramène l’esprit vers l’Absolu : le Soi.
Ainsi, la répétition du Nom (japa) devient une méditation vivante, une manière de garder le Divin présent dans la conscience.
Pourquoi les noms sont si efficaces pour l’union ?
- Ils stabilisent l’esprit : le mental, naturellement dispersé, trouve un point d’ancrage simple et répétitif.
- Ils éveillent la dévotion : chaque nom porte une vibration affective, une chaleur intérieure.
- Ils purifient la mémoire : en répétant le Nom, on remplace les impressions mentales par une seule empreinte lumineuse.
- Ils préparent le dernier instant : si le Nom est devenu naturel, il surgit spontanément au moment de la mort — ce que le Chant VIII considère comme décisif.
Dans la tradition, on dit souvent :
« Le Nom et le Nommé ne sont pas différents. » Répéter le Nom, c’est donc entrer en contact direct avec la réalité divine.
Le japa comme pratique d’union constante
Les dévots utilisent plusieurs formes de récitation :
- japa silencieux (mental),
- japa vocal (chanté ou murmuré),
- kirtan (chant collectif),
- mantra personnel transmis par un maître.
Le japa peut être : rythmé par un mala (chapelet), associé à la respiration, intégré dans les activités quotidiennes.
L’objectif n’est pas la performance, mais la continuité : faire du Nom un fil qui traverse la journée, comme une présence intérieure.
Le Chant VIII affirme que :« Celui qui pense à Moi au dernier moment atteint Ma demeure. »« Ce que l’on contemple au moment de la mort, on le devient. »
Or, la récitation des noms divins est précisément ce qui permet :de penser au Divin spontanément, de vivre dans une mémoire sacrée, de préparer l’esprit à l’union finale.
Ainsi, la pratique du Nom est une application concrète de l’enseignement du Chant VIII.
Une vision plus profonde : le Nom comme vibration du Brahman
Dans certaines écoles, on enseigne que :le Nom est une vibration primordiale, une manifestation du Om, une forme accessible du Brahman.
Répéter le Nom, c’est donc s’accorder à la fréquence du Divin. Le Nom devient un pont entre le monde manifesté et l’Absolu.
Pourquoi les noms divins sont un chemin d’union
Parce qu’ils ramènent l’esprit au Divin, éveillent la dévotion, purifient la mémoire, et préparent l’âme à la libération.
Maintenant, nous pouvons écouté le Chant VIII lu par Le Vieux Sage sur la chaîne du Vieux Sage : La Bhagavad Gîtâ, traduction de Swami Chinmayananda.
La voix douce lit les Chants avec un fond de musique. Il y a beaucoup de richesse de lectures d’Ecriture Sacrée Védique. Remercions l’auteur de ces belles vidéos permettant l’Edification.

Bhagavad Gîta par Michel Hulin
Les slokas du chant VIII (versets )
- Arjuna dit : » Que signifie, Ô Suprême Personne « le brahman », « lettre intérieur », et « le monde des actes ? » Et de même ce « domaine des êtres » et « ce domaine des dieux » dont tu parles.
- Et de quelle manière, Ô vainqueur de madhu, le monde des actes peut-il résider dans ce corps ? Et comment peux-tu être connu à l’article de la mort parce qui ont su se discipliner ?
- Le seigneur dit : « on appelle brahman la réalité suprême impérissable ; « l’être intérieur » n’est autre que la nature propre de chacun. Le « monde des actes » est l’émission créatrice qui fait venir les êtres à l’existence.
- Le « domaine des êtres » désigne la nature périssable, « le domaine des dieux » est celui de la personne. Le « monde » des actes n’est autre, Ô toi, le meilleur des êtres incarnés, que moi-même présent à l’intérieur du corps
- Celui qui, à son heure dernière, ne se souvient que de moi seul, celui-là, en abandonnant sa guenille mortelle, s’unit à mon être ; pas de doute à cela.
- Et ainsi quel que soit l’objet vers lequel se tourne la pensée à l’instant où l’on quitte son corps, c’est à lui que l’on va, Ô fils de Kunti , identifié à lui à force d’avoir médité sur lui.
- Souviens-toi donc de moi en toutes circonstances et combats, l’esprit et la pensée fixée sur moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras point
- C’est en méditant sur la divine personne suprême avec un esprit unifié par la pratique du yoga et devenue incapable de s’en laisser distraire que l’on accède à elle.
- Celui qui garde en mémoire le Poète et l’Enseignant originel, plus ténu que le ténu, ordonnateur de l’univers, inimaginable en son essence brillant par-delà les ténèbres comme un soleil, celui-là, s’il peut virgule à l’article de la mort demeurer inébranlable en sa pensée grâce au yoga et à la dévotion et concentrer son énergie vitale entre les deux sourcils, s’en ira rejoindre la personne divine suprême.
- (se trouve dans le sloka 9)
- Ce domaine impérissable, dont parle les connaisseurs du Veda, dont la nostalgie inspire la pratique de la chasteté et dans lequel pénètrent les ascètes libérés des passions, je m’en vais te le décrire en bref.
- C’est lui qui, bloquant toutes les issues sur le dehors, confinant l’organe mental dans le cœur et le souffle intérieur dans la tête par la pratique de la concentration yogique, prononçant l’unique syllabe AUM, symbole du brahmane, et se ressouvenant de moi, s’en va, abandonnant son corps, celui-là chemine sur la voie suprême.
- (contenu dans le 12)
- pour l’ascète qui, sans se laisser distraire par autre chose, toujours concentré, Ô fils de Prtha, ne cesse de penser à moi, je suis d’accès facile.
- Une fois qu’elles m’ont atteint, ces grandes âmes, parvenues à la suprême perfection, ne s’engagent plus dans la voie des reconnaissances, source de perpétuelle souffrance.
- Les habitants de tous les mondes, y compris ceux du ciel de brahma, reviennent à de nouvelles existences. Mais pour qui m’a atteint, Ô fils de Kunti, il n’y a plus de renaissance.
- Ceux qui savent qu’un jour et une nuit de brahma dure pareillement mille yuga, ceux la savent ce que sontvraiment le jour et la nuit.
- Au lever du jour, tous les êtres différenciés émergent de l’indifférencié. Et c’est dans ce même indifférencié qu’il se résorbe quand vient la nuit .
- Ainsi mécaniquement, Ô fils de Prthha, toute la foule des êtres, indéfiniment ramené à l’existence se dissout à la tombée de la nuit pour renaître au lever du jour
- Mais au-delà de l’indifférencié, il est un autre indifférencié qui subsiste, indestructible, au milieu de la destruction de tous les êtres.
- C’est lui, l’indifférencié indestructible, qu’on appelle la destination ultime, celle dont on ne revient pas. C’est là ma suprême demeure.
- Telle est, Ô fils de Prtha, la personne suprême qu’on ne peut atteindre que par un attachement exclusif point elle embrasse l’ensemble des êtres et soustend tout cet univers.
- Je vais maintenant te révéler, Ô taureau des Bharata, dans quelle circonstances, les yogin prennent après leur mort le chemin du retour ou celui du non-retour.
- Les connaisseurs du brahman qui, passant par le feu, la lumière, la (quinzaine) clair, atteignent les six mois de la marche du soleil vers le nord, vont au brahman.
- Les yogin, qui passant par la fumée, la nuit, la quinzaine sombre, les six mois de la course du soleil vers le sud, atteignent la lumière de la lune, font retour à l’existence.
- Ce sont là les deux voies éternelles, l’une claire, l’autre sombre, de l’univers. La première conduit au non-retour virgule la deuxième au retour.
- Ô fils de Prtha, le yogin qui connaît ses deux voies jamais ne s’égare. C’est pourquoi arjuna tu dois t’exercer au yoga en tout temps.
- Quelles que soient les mérites procurés par le sacrifice, l’ascèse ou le don, le yogin instruit de tout cela les dépasse et accède au lieu (à la fois origine) et suprême »
Soyez béni vous qui passez par ici