
Bhagavan : c’est ainsi que les dévôts appelle Ramana Maharshi. Quelle est la signification du terme Bhagavan ? Réponse : Bhagavan est un titre respectueux utilisé en hindi et en sanskrit pour désigner Dieu, souvent traduit par « Seigneur, le vénérable, le grand être » ou « celui qui est bienheureux« . Il est particulièrement utilisé dans le contexte de l’hindouisme pour désigner des déités comme Krishna, Vishnu et Shiva, ou pour exprimer un profond respect envers un enseignant spirituel.
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6 février 1937
Lors d’une conversation avec Mr. G. Shan-mugham, avocat et dévot sincère, Bhagavān observa : « Les shāstra disent que l’on doit servir un guru pendant douze ans afin d’obtenir la réalisation du Soi.
Que fait le guru ?
Transmet-il la Réalisation au disciple ?
Le Soi n’est-il pas toujours réalisé ?
Quel est donc le sens de cette croyance courante ?
L’homme est toujours le Soi et cependant il ne le sait pas. Il le confond avec le non-Soi, c’est-à-dire avec le corps, etc.
Cette confusion est provoquée par l’ignorance. Si celle-ci est supprimée, la confusion cessera et la vraie connaissance se dévoilera. En restant en contact avec des sages réalisés, l’homme perd graduellement son ignorance, jusqu’à sa disparition complète. C’est ainsi que le Soi éternel se révèle en lui. Tel est le sens de l’histoire du sage Ashtāvakra et du roi Janaka.
Les anecdotes diffèrent selon les livres. Mais les noms et les enjolivements nous importent peu, ce qui compte c’est le tattva, l’essence de l’histoire.
Le disciple s’abandonne au maître. Cet abandon, s’il est total, implique que le disciple s’est dégagé de tout sens d’individualité et qu’il n’y a plus de cause de souffrance.
L’Être éternel n’est que bonheur. Et cela est révélé. Sans comprendre cela correctement, les gens pensent que le guru enseigne au disciple quelque chose comme « tat tvam asi » et que le disciple réalise aussitôt “Je suis le brahman”.
Dans leur ignorance, ils conçoivent le brahman comme plus vaste et plus puissant que toute chose. Déjà avec son ‘je’ limité, l’homme est prétentieux et indiscipliné.
Qu’adviendra-t-il si ce même ‘je’ prend des proportions énormes ? Il deviendra “énormément” ignorant et insensé ! Ce faux ‘je’ doit périr. Son annihilation est le fruit du service au guru (guru-sevā). La Réalisation est éternelle et elle n’est pas un état nouveau provoqué par le guru. Le guru aide à dissiper l’ignorance. C’est tout. »
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7 FÉVRIER 1937
351. Le Dr. Subramania Iyer, ancien fonctionnaire auprès de la Santé publique à Salem, lut à haute voix le passage d’un livre contenant les instructions suivantes : reconnaître l’impermanence du monde et la futilité des joies terrestres, s’en détourner avec dégoût, maîtriser les sens et pratiquer la méditation sur le Soi en vue de le réaliser.
Après la lecture Shrī Bhagavān (Ramana Maharshi) fit remarquer :
« Comment sait-on que le monde est transitoire ? Sans quelque chose de permanent à quoi s’accrocher, la nature transitoire du monde ne peut être comprise. C’est parce que l’homme est déjà le Soi et que le Soi est l’éternelle réalité qu’il dirige son attention vers Lui. Et on lui enseigne de la garder fixée sur la réalité éternelle, le Soi. »
352. La pensée s’élève sous forme de sujet et d’objet. Si seul le ‘Je’ est tenu, tout le reste disparaît. Cela est suffisant, mais seulement pour les rares personnes compétentes.
Les autres argumentent : « Fort bien. Le monde qui continue à exister pendant que je dors a déjà existé avant ma naissance et existera après ma mort.
Les autres ne le voient-ils pas ? Pourquoi le monde cesserait-il d’exister parce que mon ego n’est plus là ? » C’est pour satisfaire de telles gens qu’existent la genèse du monde et les différentes écoles de pensée.
Q. : Mais puisque ce ne sont que des produits de l’intellect, elles ne peuvent pas tourner le mental vers l’intérieur.
M. : C’est pour cette raison que les Écritures parlent d’un « regard intériorisé », d’un « regard concentré » et ainsi de suite. Le Soi étant toujours le Soi, pourquoi seul un dhīra serait-il illuminé ? Est-ce parce que ce terme désigne un homme courageux ? Non. Dhī signifie intellect et rah, veiller, protéger. Donc, un dhīra est un homme qui veille toujours à ce que son mental soit tourné vers l’intérieur et ne le lâche pas .
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8 FÉVRIER 1937
353. Q. : Qu’est-ce que le turīya ?
M. : Il n’existe que trois états : la veille, le rêve et le sommeil profond. Le turīya n’est pas un quatrième état ; il est ce qui est sous-jacent aux trois états. Mais les gens ne comprennent pas cela facilement.
Voilà pourquoi on dit que le turīya est le quatrième état et la seule réalité.
En fait, le turīya n’est séparé de rien, car il forme le substrat de tout ce qui existe. Il est la seule vérité ; il est votre Être même.
Les trois états apparaissent sur lui en tant que phénomènes éphémères et s’y fondent ensuite. C’est pourquoi ils sont irréels.
Les images d’un film ne sont que des ombres qui passent sur l’écran. Elles apparaissent, avancent, reculent, changent de l’une à l’autre ; elles sont donc irréelles tandis que l’écran reste toujours le même. De même avec des peintures. Les images peintes sont irréelles, seule la toile est réelle. Il en est ainsi pour nous.
Les phénomènes du monde, extérieurs aussi bien qu’intérieurs, ne sont que des manifestations passagères qui ne sont pas indépendantes de notre Soi.
Seule notre habitude de les considérer comme réelles et de les situer hors de nous-mêmes est responsable du fait que notre être véritable est caché et que les phénomènes du monde sont mis en avant. Quand l’unique réalité toujours présente, le Soi, est trouvée, toutes les autres choses irréelles disparaîtront, laissant derrière elles la connaissance qu’elles ne sont autres que le Soi. Turīya n’est qu’un autre nom pour le Soi. Conscients des états de veille, de rêve et de sommeil profond, nous demeurons inconscients de notre propre Soi. Et pourtant, le Soi est ici et maintenant, il est la seule réalité. Il n’existe rien d’autre. Aussi longtemps que persiste l’identification au corps, le monde semble se trouver à l’extérieur de nous. Réalisez simplement le Soi, et tout le reste ne sera plus.
Source : Extraits du Livre :

8 FÉVRIER 1937
354. Une théosophe américaine demanda : « Quel est le moyen qui me permettra de me rapprocher davantage de mon Maître ? »
M. : À quelle distance de lui vous trouvez-vous en ce moment ?
Q. : Je suis éloignée de lui. Mais je voudrais m’en rapprocher.
M. : Si vous connaissiez d’abord votre Soi, vous pourriez alors trouver la distance qui vous sépare d’un autre. Qui êtes-vous actuellement ? Êtes-vous cette personnalité ?
Q. : Oui, je suis la personnalité.
M. : La personnalité est-elle indépendante du Soi ?
Q. : Quelquefois.
M. : À quels moments ?
Q. : Je veux dire, j’ai parfois des éclairs de la réalité, et à d’autres moments je ne les ai pas.
M. : Qui est conscient de ces éclairs ?
Q. : Moi ; je veux dire ma personnalité.
M. : La personnalité est-elle consciente d’être séparée du Soi ?
Q. : Quel Soi ?
M. : Que pensez-vous que votre personnalité soit ?
Q. : Le soi inférieur.
M. : Alors je vous demande si votre soi inférieur est conscient d’être séparé du Soi.
Q. : Oui, de temps à autre.
M. : Qui éprouve le sentiment d’être éloigné du maître, en ce moment même ?
Q. : Le Soi supérieur.
M. : Le Soi supérieur a-t-il un corps et dit-il que le maître est éloigné de lui ? Parle-t-il par votre bouche ? Êtes-vous séparée de lui ?
Q. : Pouvez-vous me dire comment je peux m’entraîner à être consciente de ce que je fais, même sans corps, comme dans le sommeil ?
M. : La conscience est votre vraie nature. Durant le sommeil profond ou durant la veille, elle est toujours la même. Comment alors peut-elle être un état nouveau à obtenir ?
Q. : Mais je ne me souviens pas de ce qui s’est passé dans mon sommeil. M. : Qui dit « Je ne me souviens pas » ?
Q. : Je le dis maintenant.
M. : Vous étiez la même quand vous dormiez. Pourquoi ne le dites-vous pas dans le sommeil ?
Q. : Je ne me souviens pas de ce que je dis dans le sommeil.
M. : En état d’éveil vous dites : « Je sais ; je me rappelle. » Cette même personnalité dit : « Je ne savais pas ; je ne me souvenais de rien quand je dormais. » Pourquoi votre question ne se pose-t elle pas pendant le sommeil ?
Q. : Je ne sais pas ce qui se passe pendant le sommeil. C’est pourquoi je pose maintenant la question.
M. : Votre question concerne la phase de sommeil ; c’est donc là qu’elle doit se poser et non pas à l’état de veille. Elle ne touche pas l’état de veille et il n’y a aucune raison apparente pour qu’elle se pose alors. Le fait est que dans le sommeil vous n’êtes pas limitée et aucune question ne surgit. Tandis que maintenant vous établissez des limites, vous vous identifiez avec le corps et des questions de ce genre surgissent.
Q. : Je le comprends, mais je ne le réalise pas (c’est-à-dire l’unité dans la diversité).
M. : C’est parce que vous êtes dans la diversité que vous dites que vous comprenez l’unité, que vous avez des éclairs de conscience, que vous vous rappelez telle ou telle chose et ainsi de suite ; vous croyez que cette diversité est réelle. C’est le contraire, l’unité est réelle et la diversité est fausse. Pour que l’unité puisse se révéler, la diversité doit disparaître. L’unité est toujours réelle. Elle n’envoie pas d’éclairs pour manifester son existence dans cette fausse diversité. Au contraire, cette diversité fait obstruction à la vérité. Puis, d’autres personnes poursuivirent la conversation.
M. : Le but de la pratique spirituelle est la suppression de l’ignorance et non pas l’acquisition de la Réalisation. La Réalisation est toujours présente, ici et maintenant. Si elle était un état nouveau à acquérir, elle devrait être supposée absente à un moment et présente à un autre. Dans ce cas, elle ne serait pas permanente et ne vaudrait donc pas la peine d’être acquise. Mais la Réalisation est permanente et éternelle, elle est ici et maintenant.
Q. : Pour supprimer l’ignorance, la grâce est nécessaire.
M. : Certainement. Mais la Grâce est là depuis toujours. Elle est le Soi. Elle n’est pas quelque chose à acquérir. Tout ce qui est nécessaire, c’est de connaître son existence. Par exemple, le soleil n’est que luminosité. Il ne voit pas l’obscurité. Alors qu’on parle de l’obscurité qui s’enfuit à l’approche du soleil. De même, l’ignorance est un fantôme sans réalité. Quand sa nature irréelle est découverte, on dit que l’ignorance a disparu. Le soleil est là et brille. Vous êtes environnée de sa lumière. Mais, si vous voulez connaître le soleil, vous devez tourner les yeux dans sa direction et le regarder. De même, on trouve la grâce seulement par la pratique, bien qu’elle soit présente, ici et maintenant.
Q. : J’espère que par le désir constant de s’abandonner, la présence de la grâce augmentera.
M. : Abandonnez-vous une fois pour toutes et finissez-en avec le désir. Tant que le sentiment d’être celui qui agit persiste, il y a désir ; il fait, lui aussi, partie de la personnalité. Une fois disparu, le Soi brille de son pur éclat. Le sentiment d’être celui qui agit est la servitude et non pas les actions elles-mêmes. Reste tranquille et sache que je suis Dieu. Ici, la tranquillité est l’abandon total, sans trace d’individualité. Le calme prévaut et il n’y a plus d’agitation mentale. L’agitation mentale est la cause du désir, du sentiment d’être celui qui agit et de la personnalité. Si cela s’arrête, la tranquillité s’instaure. Là, « savoir » veut dire « être ». Il ne s’agit pas du savoir relatif qui implique la triade connaissance, sujet et objet.
Q. : La pensée « Je suis Dieu » ou « Je suis l’Être suprême » est-elle utile ? M. : « Je suis ce JE SUIS. » « JE SUIS » est Dieu et non pas le fait de penser « Je suis Dieu ». Réalisez JE SUIS » et ne pensez pas « JE SUIS ».
Il est dit : « Sache que je suis Dieu » et non pas « Pense que je suis Dieu »
Plus tard, Shrī Bhagavān reprit : « Il est dit : “Je suis ce JE SUIS.” Cela veut dire qu’on doit demeurer en tant que ‘je’. On est toujours le seul ‘Je’. On n’est rien d’autre. Et cependant, on demande “Qui suis-je ?”.
Seule une victime de ses illusions demanderait “Qui suis-je ?” et non un homme pleinement conscient de lui-même.
C’est la fausse identification du Soi avec le non-Soi qui incite à demander “Qui suis-je ?”.
Encore plus tard :
« Plusieurs routes mènent à Tiruvannāmalai. Mais Tiruvannāmalai reste la même, quelle que soit la route prise pour y accéder. De même, l’approche du Soi varie selon la personnalité de chacun.
Le Soi reste cependant le même. Demander la route pour Tiruvannāmalai tout en y étant est ridicule.
De même, être le Soi et demander comment réaliser le Soi paraît absurde. Vous êtes le Soi. Demeurez toujours le Soi. C’est tout. Les questions s’élèvent à cause de la fausse identification du Soi avec le corps.
C’est l’ignorance. Elle doit s’en aller. Quand elle a disparu, seul le Soi est.