Chant XI : La vision cosmique ☼~~☼☼~~☼☼~~☼☼~~☼

Nous commençons directement, cette fois, avec les slokas du Chant XI.

Du livre de la Bhagavad Gîta de Michel Hulin chant XI mais ici nous prenons une autre version :

À partir du livre d’un auteur anonyme du IIe siècle av. J.-C. La Bhagavad-Gîtâ, ou Chant du Bienheureux, poème épique indien, est daté par les indianistes du IIe siècle av. J.-C. Il a été traduit du Sanskrit par Émile-Louis Burnouf, helléniste et indianiste français, et publié en 1861. La présente édition a été établie à partie du livre publié par la Librairie de l’Art Indépendant, 81, rue Dureau, Paris (vers 1950)

XI VISION DE LA FORME UNIVERSELLE

1. Śloka 1
« Arjuna dit :
Par compassion pour moi, Tu m’as révélé l’enseignement suprême concernant le Soi. Tes paroles ont dissipé l’illusion qui obscurcissait mon esprit.
Śloka 2
Ô Toi aux yeux semblables au lotus, j’ai entendu de Ta bouche l’enseignement concernant l’apparition et la disparition des êtres, ainsi que la grandeur impérissable de Ta nature divine.
Śloka 3
Ô Seigneur suprême, je reconnais la vérité de ce que Tu viens de m’enseigner. Pourtant, je désire maintenant contempler Ta forme divine et souveraine.
Śloka 4
Si Tu estimes, ô Seigneur, que je suis capable de recevoir cette vision, alors révèle-moi Ta forme éternelle et impérissable, ô Maître du Yoga.
Śloka 5
Śrī Kṛṣṇa dit :
Regarde, ô fils de Pṛthā, Mes formes divines par centaines et par milliers, infiniment diverses, éclatantes de couleurs et d’apparences multiples.
Śloka 6
Contemple les Āditya, les Vasu, les Rudra, les Aśvin et les Marut. Vois également, ô descendant de Bharata, d’innombrables merveilles que jamais auparavant tu n’as contemplées.
Śloka 7
Regarde maintenant, ô Guḍākeśa, l’univers entier rassemblé dans Mon corps : tout ce qui se meut et tout ce qui demeure immobile. Tout ce que tu souhaites contempler se trouve ici. »

Arjuna se montre reconnaissant du Savoir reçu et la reconnaissance du Soi dissipant l’illusion. Krishna est devenu pour lui un Être merveilleux et plus encore car il a pris conscience de l’Être Divin auprès duquel, il se trouve et de Ses qualités de Compassion et de Bonté Suprême. Son esprit est dégagé de tout doute concernant les ombres ou les voiles qui couvraient son Âme et il a pris Conscience de qui Il est et cependant, il va demander à Krishna de se manifester à lui dans sa forme Cosmique. Il souhaite contempler la Nature Divine de Krishna sans encore se rendre compte que tout se passe au niveau Cosmique et que c’est très puissant et très impressionnant. Arjuna n’est plus aveugle, il a compris la réalité de ce qui EST, et avance confiant avec curiosité en ce qui concerne la forme Divine (et les formes divines) de Krishna.

Krishna va lui permettre de contempler la magnificence de Sa forme Cosmique en admirant les couleurs brillantes qui vont surgir (couleurs typique à Sri Krishna, des couleurs insaisissable sur cette Terre, des couleurs que Seul l’Oeil Ouvert peut contempler).

Explications complémentaires : Bhagavad-Gītā, Chant XI : 1 à 7


Āditya (आदित्य) : les douze divinités solaires, fils d’Aditi. Ils représentent différents aspects de la puissance solaire et de l’ordre cosmique. Parmi eux figure notamment Vivasvān, associé au Soleil. Dans le Chant XI, Krishna invite Arjuna à contempler les Āditya dans Sa forme universelle.
Vasu (वसु) : groupe de huit divinités védiques associées aux forces ou éléments fondamentaux de la nature et du cosmos. Leur nom évoque ce qui est précieux, lumineux ou bénéfique. Ils représentent notamment différentes puissances présentes dans la manifestation.
Rudra (रुद्र) : les onze Rudra, divinités associées à Rudra, forme ancienne liée à Śiva. Ils expriment notamment des puissances redoutables de transformation, de dissolution et de renouvellement. Rudra possède également le sens de « celui qui rugit » ou « celui qui fait pleurer ».
Aśvin (अश्विन्) : les deux Aśvin, divinités jumelles védiques, traditionnellement décrites comme les médecins des dieux. Ils sont associés à la guérison, au secours, à la vitalité et à l’aurore. Leur nom est lié au cheval (aśva).
Marut (मरुत्) : groupe de divinités védiques associées aux vents, aux tempêtes et aux forces puissantes de l’atmosphère. Ils sont fréquemment liés à Rudra et apparaissent comme des êtres vigoureux et éclatants.
« Descendant de Bharata » : c’est une manière de désigner Arjuna par sa lignée. Bharata est un illustre ancêtre de la dynastie à laquelle appartiennent les protagonistes de la Bhagavad-Gītā.

Lorsque Krishna appelle Arjuna « descendant de Bharata », Il rappelle donc son appartenance à cette prestigieuse lignée. C’est la raison pour laquelle on rencontre aussi des appellations sanskrites comme Bhārata (« descendant de Bharata »).
Guḍākeśa (गुडाकेश) : épithète d’Arjuna. Elle est traditionnellement comprise comme « celui qui a vaincu le sommeil » ou « maître du sommeil » (guḍākā = sommeil ; īśa = maître). L’appellation suggère donc maîtrise, vigilance et discipline. Certaines analyses philologiques proposent toutefois d’autres étymologies, notamment liées à la chevelure ; pour un commentaire de la Bhagavad-Gītā, « celui qui a vaincu le sommeil » est l’interprétation traditionnelle la plus courante.


1. Arjuna dit : » Le mystère sublime de l’Âme suprême, que tu viens de m’exposer pour mon salut, a éloigné de moi l’erreur. »

2. Car j’ai entendu longuement la naissance et la destruction des êtres, ô Dieu aux yeux de lotus, et ta magnanimité impérissable.

3. Cependant, Seigneur, je voudrais te voir dans ta forme souveraine, tel que tu t’es dépeint toi-même ;

4. Si tu penses que cette vision me soit possible, ô Seigneur de la sainte Union, alors montre-toi à ma vue dans ton éternité. »

5. Le Bienheureux dit : « Voici, fils de Prithâ, mes formes cent et mille fois variées, célestes, diverses de couleur et d’aspect.

6. Voici les Adityas, les Vasus, les Rudras, les deux Açwins et les Maruts ; voici, fils de Bhârata, de nombreuses merveilles que nul encore n’a contemplées.

7. Voici dans son Unité tout l’Univers avec les choses mobiles et immobiles : le voici, compris dans mon corps avec tout ce que tu désires apercevoir. (traduction de la moitié du XIXème siècle. )

Ślokas 8 à 15

« Śloka 8
Mais tu ne peux Me contempler avec tes yeux ordinaires. Je t’accorde donc la vision divine. Contemple maintenant la puissance souveraine de Mon Yoga.

Śloka 9
Sañjaya dit :
Après avoir prononcé ces paroles, le Seigneur du Yoga, Śrī Kṛṣṇa, révéla à Arjuna Sa forme suprême et universelle.

Śloka 10
Arjuna contempla alors cette forme aux innombrables visages et aux innombrables yeux, manifestant une multitude de visions merveilleuses, parée d’ornements divins et portant de nombreuses armes célestes.

Śloka 11
Elle était revêtue de guirlandes et de vêtements divins, ointe de parfums célestes. Cette manifestation resplendissante contenait toutes les merveilles : infinie, rayonnante et présente en toutes directions.

Śloka 12
Si mille soleils se levaient simultanément dans le ciel, leur éclat pourrait peut-être évoquer la splendeur de cette forme suprême.

Śloka 13
Dans le corps du Dieu des dieux, Arjuna vit alors l’univers entier, avec ses innombrables divisions, réuni pourtant en une seule et même manifestation.

Śloka 14
Submergé d’émerveillement, les cheveux hérissés, Arjuna inclina la tête devant le Seigneur. Les mains jointes en signe de révérence, il Lui adressa ces paroles.

Śloka 15
Arjuna dit :
« Ô Seigneur, je contemple dans Ton corps tous les êtres divins et toutes les catégories d’êtres vivants. J’y vois Brahmā assis sur le lotus, Śiva, les grands sages ainsi que les êtres célestes. »

Nous constatons que Krishna non seulement lui confère l’Oeil Divin qui voit mais lui permet de contempler avec les deux yeux ordinaires et matériels le spectacle de son yoga Cosmique. N’oublions pas la signification du mot Yoga : il s’agit d’Union avec ce gigantesque univers dont Krishna se pare tout autour de Lui où tout est divin et merveilleux éclairé par six mille soleils ! Dans le corps de Krishna Arjuna a vu l’Univers entiers : la Splendeur des Splendeurs ! Et Krishna va poursuivre Ses instructions en lui donnant tant de Clés et de Savoir.

16. Je te vois avec des bras, des poitrines, des visages et des yeux sans nombre, avec une forme absolument infinie. Sans fin, sans milieu, sans commencement, ainsi je te vois, Seigneur universel, forme universelle.

17. Tu portes la tiare, la massue et le disque, montagne de lumière de tous côtés resplendissante ; je puis à peine te regarder tout entier : car tu brilles comme le feu et comme le soleil dans ton immensité.

18. Tu es l’Indivisible, le suprême Intelligible. Tu es le trésor souverain de cet Univers ; tu es impérissable ; c’est toi qui maintiens la Loi immuable ; je vois que tu es le principe masculin éternel.

19. Sans commencement, sans milieu, sans fin ; doué d’une puissance infinie ; tes bras n’ont pas de limite, tes regards sont comme la Lune et le Soleil ; ta bouche a la splendeur du feu sacré.

20. Par ta chaleur tu échauffes cet Univers. Car tu remplis à toi seul tout l’espace entre le ciel et la terre et tu touches à toutes les régions ; à la vue de ta forme surnaturelle et terrible, les trois mondes, ô Dieu magnanime, sont ébranlés.

21. Voici les troupes des êtres divins qui vont vers toi ; quelques-uns joignent de crainte leurs mains en haut et prient à voix basse. « Swasti ! » répètent les assemblées des Maharshis et des Saints, et ils te célèbrent dans de sublimes cantiques.

22. Les Rudras, les Adityas, les Vasus et les Sâdyas, les Viçwas, les deux Açwins, les Maruts et les Ushmapas, les troupes des Gandharvas, des Yaxas, des Asuras et des Siddhas te contemplent et demeurent tout confondus.

XI, 23
Ô Être aux bras puissants, à la vue de Ta forme immense, avec ses innombrables visages et ses innombrables yeux, ses nombreux bras, cuisses et pieds, ses multiples ventres et ses terribles crocs, les mondes tremblent d’effroi, et moi aussi.

XI, 24
En Te voyant toucher les cieux, resplendissant de mille couleurs, la bouche grande ouverte et les yeux immenses et flamboyants, mon être intérieur est bouleversé. Je ne trouve plus ni courage ni paix, ô Viṣṇu.

XI, 25
À la vue de Tes bouches redoutables, garnies de crocs et semblables au feu de la destruction, je ne reconnais plus les directions et ne trouve aucun refuge. Accorde-moi Ta grâce, ô Seigneur des dieux, Refuge de l’univers.

XI, 26
Tous les fils de Dhṛtarāṣṭra, accompagnés des rois qui leur sont alliés, ainsi que Bhīṣma, Droṇa et Karṇa, et les principaux guerriers de notre camp,

XI, 27
se précipitent dans Tes terribles bouches aux crocs effrayants. Certains apparaissent, la tête broyée, prisonniers entre Tes dents.

XI, 28
Comme les nombreux courants des fleuves se précipitent vers l’océan, ainsi ces héros du monde des hommes entrent dans Tes bouches flamboyantes.

XI, 29
Comme les papillons se précipitent avec force dans une flamme ardente et y trouvent leur destruction, ainsi les êtres se précipitent dans Tes bouches vers leur propre anéantissement.

XI, 30
De toutes parts, Tu engloutis les mondes dans Tes bouches enflammées. Tes rayons ardents emplissent l’univers entier et le consument de leur éclat, ô Viṣṇu.

XI, 31 à XI, 36

XI, 31
Dis-moi qui Tu es sous cette forme redoutable. Je m’incline devant Toi, ô Dieu suprême ; accorde-moi Ta grâce. Je désire connaître Celui qui est à l’origine de tout, car je ne comprends pas Ton dessein.

XI, 32
Śrī Kṛṣṇa dit :
Je suis le Temps, puissance qui détruit les mondes, venu ici pour accomplir leur dissolution. Même sans ton intervention, tous les guerriers rangés dans les armées adverses cesseront d’être.

XI, 33
Lève-toi donc et conquiers la gloire. Triomphe de tes ennemis et jouis d’un royaume prospère. Ils ont déjà été vaincus par Moi ; sois simplement l’instrument de Mon dessein, ô Savyasācin.

XI, 34
Droṇa, Bhīṣma, Jayadratha, Karṇa et les autres grands guerriers ont déjà été frappés par Moi. Combats sans crainte : tu vaincras tes adversaires dans la bataille.

XI, 35
Sañjaya dit :
Après avoir entendu les paroles de Keśava, Arjuna, tremblant, les mains jointes, s’inclina de nouveau. La voix saisie d’émotion et de crainte, il s’adressa à Kṛṣṇa.

XI, 36
Arjuna dit :
Il est juste, ô Hṛṣīkeśa, que le monde se réjouisse en célébrant Ta gloire et soit attiré vers Toi. Les êtres hostiles s’enfuient de peur dans toutes les directions, tandis que les assemblées des Siddha s’inclinent devant Toi.

XI, 37 à XI, 43

XI, 37
Et comment ne s’inclineraient-ils pas devant Toi, ô Être suprême, Toi qui es plus grand encore que Brahmā, le créateur originel ? Ô Seigneur infini, Dieu des dieux, Refuge de l’univers, Tu es l’Impérissable, au-delà de l’être et du non-être.

XI, 38
Tu es la Divinité primordiale, l’Être originel et le refuge suprême de cet univers. Tu es Celui qui connaît et ce qui doit être connu ; Tu es la demeure suprême. Par Toi, ô Être aux formes infinies, l’univers entier est pénétré.

XI, 39
Tu es Vāyu, Yama, Agni, Varuṇa, la Lune et Prajāpati ; Tu es aussi l’ancêtre primordial. Je m’incline devant Toi mille fois, et encore et encore.

XI, 40
Hommage à Toi par-devant et par-derrière ; hommage à Toi de toutes parts. Ta puissance est infinie et Ta force sans mesure. Puisque Tu pénètres toute chose, Tu es Tout.

XI, 41
Te considérant comme mon ami, je T’ai appelé familièrement « Ô Kṛṣṇa », « Ô Yādava », « Ô mon ami », ignorant alors Ta véritable grandeur, par insouciance ou par affection.

XI, 42
Si, par plaisanterie, je T’ai manqué de respect lorsque nous étions ensemble, au repos, assis, pendant les repas, seuls ou en présence d’autres personnes, je T’en demande pardon, ô Être incommensurable.

XI, 43
Tu es le Père de tout ce qui se meut et de tout ce qui demeure immobile. Tu es digne de vénération, le Maître suprême. Nul ne T’égale ; comment pourrait-il exister quelqu’un de supérieur à Toi dans les trois mondes, ô Être d’une puissance incomparable ?

XI, 44 à XI, 50

XI, 44
C’est pourquoi je me prosterne devant Toi et implore Ta grâce, ô Seigneur digne d’adoration. Comme un père pardonne à son fils, un ami à son ami, un être aimé à celui qu’il aime, daigne me pardonner.

XI, 45
Je me réjouis d’avoir contemplé ce que jamais auparavant je n’avais vu ; pourtant mon esprit est bouleversé par la peur. Montre-moi de nouveau Ta forme familière, ô Seigneur des dieux, Refuge de l’univers.

XI, 46
Je désire Te contempler de nouveau avec Ta couronne, Ta masse et Ton disque. Manifeste devant moi cette forme à quatre bras, ô Être aux mille bras, Toi dont la forme est universelle.

XI, 47
Śrī Kṛṣṇa dit :
Par Ma grâce et par la puissance de Mon Yoga, Je t’ai révélé cette forme suprême, resplendissante, universelle, infinie et primordiale, que nul avant toi n’avait contemplée ainsi.

XI, 48
Ni l’étude des Veda, ni les sacrifices, ni les dons, ni les rites, ni les austérités rigoureuses ne permettent à un autre que toi, dans le monde des hommes, de contempler cette forme telle que tu viens de la voir.

XI, 49
Ne sois plus effrayé ni troublé d’avoir contemplé cette forme redoutable. Libéré de la crainte et le cœur apaisé, regarde de nouveau Ma forme familière.

XI, 50
Sañjaya dit :
Après avoir parlé ainsi à Arjuna, Vāsudeva reprit Sa forme habituelle. Puis le Seigneur, apparaissant de nouveau sous Son aspect bienveillant, rassura Arjuna encore bouleversé.

XI, 51 à XI, 55

XI, 51
Arjuna dit :
En contemplant de nouveau Ta douce forme humaine, ô Janārdana, mon esprit retrouve son calme et je reviens à mon état naturel.

XI, 52
Śrī Kṛṣṇa dit :
Cette forme que tu viens de contempler est extrêmement difficile à voir. Les êtres divins eux-mêmes aspirent constamment à pouvoir la contempler.

XI, 53
Ni par les Veda, ni par les austérités, ni par les dons, ni par les sacrifices, on ne peut Me contempler sous cette forme comme tu viens de Me voir.

XI, 54
Mais par une Bhakti sans partage, ô Arjuna, il devient possible de Me connaître véritablement, de Me contempler tel que Je suis et d’entrer dans la connaissance intime de Mon Être.

XI, 55
Celui qui agit pour Moi, qui fait de Moi son but suprême, qui M’est dévoué, qui demeure libre de tout attachement et de toute hostilité envers les êtres, celui-là vient à Moi, ô Pāṇḍava.

Voici, par Le Vieux Sage (chaîne youtube), la lecture du chant XI de la traduction de Swami Chinmayananda.

Soyez béni vous qui passez par ici.

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