
15 MAI 1935
1. Un moine errant (samnyāsin) cherchait à clarifier son doute : « Comment peut-on réaliser que le monde est Dieu ? »
Maharshi : Si votre vision devient celle de la sagesse, vous découvrirez que le monde est Dieu. Sans connaître l’Ésprit suprême (le brahman), comment trouveriez-vous Son immanence ?
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2. Quelqu’un s’enquit de la nature des perceptions.
M. : Les perceptions participent de l’état dans lequel on se trouve, quel que soit cet état.
L’explication en est que dans l’état de veille (jāgrat), le corps grossier perçoit les noms et les formes eux aussi grossiers ; dans le svapna (état de rêve), le corps mental perçoit les créations mentales sous leurs multiples noms et formes ; dans la sushupti (état de sommeil profond), il n’y a plus d’identification avec le corps et donc pas de perceptions ; de même, dans l’état transcendantal, l’identité avec le brahman met l’homme en harmonie avec toutes choses, et il n’y a rien qui soit séparé du Soi.
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3. Une autre question portait sur la nature du bonheur.
M. : Si un homme pense que son bonheur dépend de causes extérieures et de ce qu’il possède, il est raisonnable de conclure que son bonheur augmentera lorsqu’il possédera davantage et diminuera proportionnellement à la diminution de ces possessions. Par conséquent, s’il ne possède rien, son bonheur devra être réduit à zéro. Or, quelle est l’expérience réelle de l’homme ? Correspond-elle à cette optique ?
Dans le sommeil profond, l’homme ne possède rien, pas même son propre corps. Et au lieu d’être malheureux il est parfaitement heureux. Chacun désire dormir profondément. La conclusion en est que le bonheur est inhérent à l’homme et n’est pas dû à des causes extérieures. Pour ouvrir les réserves du bonheur parfait, il faut réaliser le Soi.
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4. Un jeune homme instruit demanda au Maharshi : « Pourquoi dites-vous que le Cœur est à droite alors que les biologistes le trouvent à gauche ? Quelle est l’autorité qui l’affirme ? »
M. : C’est vrai, l’organe physique est à gauche ; cela est indéniable.
Mais le Cœur dont je parle n’est pas physique et il est à droite. C’est mon expérience et je n’ai besoin d’aucune autorité pour me le confirmer. Cependant vous pouvez en trouver la confirmation dans un livre de médecine ayurvédique en malayalam et dans la Sīta-upanishad. Et le Maharshi rapporta le verset (shloka) du livre ayurvédique et cita le mantra de l’Upanishad.
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5. Un ingénieur du nom de Maurice Frydman remarqua au sujet de la grâce :
« Une poupée de sel plongée dans l’eau n’est pas protégée par un manteau imperméable. » Cette belle analogie fut applaudie et le Maharshi ajouta : « Le manteau imperméable, c’est le corps. »
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6. Un moine (samnyāsin) demanda : « Comment empêcher les distractions du mental ? »
M. : Vous ne voyez les objets que lorsque vous oubliez votre propre Soi. Maintenez-vous dans le Soi et vous ne verrez pas le monde objectif.
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7. À la question de savoir si des pouvoirs occultes (siddhi) pouvaient être acquis en même temps que l’omnipotence (īshvaratva), comme cela est mentionné dans le dernier verset du Dakshināmūrti-ashtakam,
Ramana Maharshi répondit : « Laissez d’abord l’omnipotence s’accomplir, et alors la question pourra être soulevée. »
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8. Q. : Peut-on tirer quelque profit en répétant des syllabes sacrées (mantra) que l’on a recueillies incidemment ?
M. : Non. Il faut être apte et avoir reçu l’initiation à ces mantras. Le Maharshi illustra cela par l’histoire suivante : « Un roi rendit visite à son Premier ministre dans sa résidence. Il fut informé que le ministre était en train de réciter des paroles sacrées (japa). Le roi attendit qu’il eût terminé et, l’abordant, lui demanda quel était le japa qu’il récitait.
Le ministre lui répondit que c’était le plus sacré de tous, le gāyatrī
Lorsque le roi exprima son désir d’y être initié par le ministre, celui-ci avoua qu’il n’en était pas capable. Le roi réussit alors à l’apprendre avec quelqu’un d’autre et quand il revit le ministre, il lui récita la gāyatrī en lui demandant son avis.
Le ministre l’assura que le mantra était correct, mais qu’il n’était pas convenable pour lui de le réciter. Lorsque le roi demanda avec insistance une explication, le ministre appela un page et lui ordonna d’arrêter le roi.
L’ordre ne fut pas suivi. Bien que le ministre répétât l’ordre plusieurs fois, il ne fut toujours pas suivi.
Le roi, fou de rage, commanda à son tour au même page d’arrêter le ministre. Et son ordre fut exécuté à l’instant même. Le ministre se mit à rire en déclarant que c’était l’explication exigée par le roi. « Comment ? » demanda le roi.
Le ministre répondit : « L’ordre était le même, l’exécutant aussi, mais l’autorité était tout autre. Mon ordre ne donna aucun résultat, tandis que le vôtre fut exécuté immédiatement. Avec les mantras, il en est de même. »
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9. Quelqu’un s’enquit : « Pourquoi les Écritures disent-elles que le Sage est comme un enfant ? »
M. : Dans un sens, le Sage (jñānin) et l’enfant se ressemblent. Les incidents n’intéressent l’enfant que tant qu’ils durent. Quand ils ont pris fin, l’enfant n’y pense plus. On voit donc qu’ils ne laissent sur l’enfant aucune impression et ne l’affectent pas mentalement. Il en va de même chez le Sage.
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10. Un visiteur demanda comment on pouvait se réaliser suivant les instructions données par le Maharshi dans le poème Truth Revealed 2, strophe 8 du supplément 3. La difficulté était la maîtrise du mental.
M. : On y parvient en contrôlant la respiration. Vous pouvez pratiquer cela par vous-même, sans autre aide, et le mental est maîtrisé. Autrement, il est maîtrisé spontanément en présence d’un Pouvoir supérieur. Telle est la grandeur de la fréquentation des sages (sat-sanga).
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