
Le sixième chant de la Bhagavad‑Gîtâ est un enseignement sur l’art le plus subtil : apprendre à gouverner son propre esprit.
Krishna y révèle que la paix véritable ne dépend ni des circonstances, ni du monde extérieur, mais de la capacité à demeurer stable au cœur de soi‑même.
Le vrai yogi : celui qui agit avec maîtrise
Krishna commence par décrire le yogi non comme un ascète retiré, mais comme un être qui : agit avec discipline, reste maître de ses impulsions, ne se laisse pas dominer par ses désirs, et accomplit son devoir sans agitation.
Le yoga n’est pas une posture, ni une fuite : c’est une maîtrise intérieure, une souveraineté sur soi.
La discipline du mental : un art patient
Krishna explique que l’esprit est instable, changeant et capricieux. Il saute d’une pensée à l’autre comme un singe dans la forêt.
Mais il peut être apprivoisé par : la constance, la douceur, la répétition, la vigilance, la respiration, la méditation.
Le mental n’est pas un ennemi : c’est un instrument qui doit être éduqué.
La méditation : un espace intérieur de silence
Krishna décrit ensuite la pratique méditative comme un retour vers un centre stable : l’Âme, le Soi.
Le méditant s’assied dans un lieu calme, garde la colonne droite et tranquille, sans forcé et tranquillement et le souffle se stabilise stabilise avec le mantra reçu : son attention est retiré des sens et le mental se dissout.
Peu à peu, un espace s’ouvre : où la conscience demeure claire et le cœur du Coeur devient léger.
L’équilibre : la clé du yoga
Krishna insiste sur un point essentiel : le yoga est équilibre.
Le yogi mange avec mesure, dort avec mesure, travaille avec mesure, se repose avec mesure.
L’équilibre devient une forme de sagesse.
L’union avec le Soi : la paix profonde
Lorsque le mental devient clair, lorsque les émotions se calment, lorsque les désirs s’apaisent, alors le méditant découvre une présence intérieure : le Soi, immobile, lumineux, silencieux.
Ce n’est pas une expérience spectaculaire. C’est une paix profonde, stable.
Le méditant devient comme une flamme protégée du vent : elle brille sans vaciller. Le yogi véritable : celui qui voit l’unité
Krishna conclut en disant que le yogi accompli est celui qui voit le Divin en tous les êtres, voit tous les êtres en lui-même, ne fait plus de différence entre ami et ennemi et reconnaît la même lumière dans chaque cœur.
Ce n’est pas de l’indifférence : c’est une vision unitive, une compassion profonde.
Conclusion : le Yoga de la Méditation est un chemin vers la liberté intérieure
Le Chapitre VI enseigne que : la paix vient de la maîtrise du mental, la liberté vient de la discipline intérieure, la joie vient de l’union avec le Soi et la sagesse vient de la vision de l’unité.
Ce n’est pas un chemin réservé aux ascètes : c’est un chemin pour toute personne qui cherche la clarté, la stabilité et la lumière.
La Discipline Mentale
Le Cœur du Yoga
La Bhagavad‑Gîtâ enseigne que le mental est à la fois notre plus grand allié et notre plus redoutable adversaire. Il peut nous élever vers la paix ou nous entraîner dans la confusion. Il peut devenir un instrument de clarté… ou un labyrinthe sans issue.
C’est pourquoi Krishna affirme que la discipline mentale est le fondement du yoga.
Un mental indiscipliné crée sa propre souffrance
L’esprit humain est naturellement instable. Il s’attache, s’agite, s’inquiète, se projette, se souvient, s’invente des histoires. Il peut transformer un simple événement en tempête intérieure.
Krishna dit que celui qui ne maîtrise pas son mental : se laisse dominer par ses impulsions, devient esclave de ses désirs, se perd dans ses propres émotions , souffre de ce qu’il imagine autant que de ce qu’il vit.
Un mental indiscipliné est comme un cheval fou : il entraîne le chariot dans toutes les directions.
Un mental discipliné devient un ami
À l’inverse, lorsque le mental est éduqué, apaisé, orienté, il devient un allié précieux.
Il offre la stabilité, la clarté, la force intérieur, la paix durable, la capacité de voir juste
Krishna dit que le mental discipliné est un ami, tandis que le mental indiscipliné est un ennemi.
Cette phrase résume tout le yoga.
Comment discipliner le mental ?
La Gîtâ ne propose pas de violence intérieure, ni de lutte contre soi-même. Elle propose une éducation douce, patiente, régulière.
La discipline mentale se construit par : la respiration consciente, la méditation quotidienne, la répétition intérieure d’un mantra, la vigilance envers les pensées, le retour constant au centre, l’équilibre dans la vie quotidienne.
Chaque fois que le mental s’égare, on le ramène doucement, comme on ramène un enfant distrait.
La constance : le secret de la transformation
Krishna insiste : ce n’est pas la force qui transforme le mental, c’est la constance.
Un peu chaque jour. Un geste répété. Un retour au calme. Une respiration consciente. Une pensée juste.
La discipline mentale n’est pas un effort brutal : c’est une fidélité à soi-même.
Quand le mental devient clair, la paix apparaît
Lorsque le mental cesse de courir, lorsqu’il se dépose comme un lac sans vent, alors la conscience profonde apparaît. Le Silence est nécessaire pour dissiper le mental et ressentir le Soi.
On découvre le Silence intérieur, une Présence stable, une Joie sans objet, une lumière tranquille. C’est une paix simple, profonde, durable.
La Gîtâ dit que cette paix est le signe que le yogi a trouvé le Soi, la part immobile et éternelle en lui.
Conclusion : discipliner le mental, c’est se libérer
La discipline mentale n’est pas une contrainte : c’est une libération.
Elle permet de ne plus être esclave des émotions, ne plus être balloté par les circonstances, ne plus être prisonnier des désirs, vivre avec clarté, agir avec justesse, aimer avec profondeur. C’est le coeur du yoga : un esprit stable, clair et libre.
Il sera ajouté quelques versets ou sloka (en sanskrit) du Chant dans peu de temps.
Voici une version de la Bhagavad Gîta lue par Le Vieux Sage.
La Bhagavad Gita par Swami Chinmayananda
« Aucun texte, parmi l’abondante littérature spirituelle de l’Inde, que ce soit les Upanishads, le Brahamasutra ou le reste de la Bhagavad Gîtâ, ne donne une telle richesse de détails sur la technique de la méditation, sur les obstacles éventuels et les moyens de les éviter. Toutes les écritures insistent sur l’importance de la voie de la méditation pour atteindre l’accomplissement suprême, mais on ne trouve nulle part une explication aussi détaillée. Pour le chercheur spirituel, une étude profonde de ce chapitre est une aide précieuse, susceptible de le guider dans sa pratique. » (Swami Chinmayananda)
La Bhagavad Gîta traduction Michel Hulin dans le Chant VI, accompagné par des commentaires de Sankara, est vendu en livre de poche sur internet via le site d’Amazone
Voici cependant les slokas (versets du Chant VI)
- Le bienheureux dit : celui qui, sans se soucier du fruit des actes, accompli l’action à lui prescrire celui-là est le vrai renonçant le vrai yogin mais non celui qui délaisse le feu sacrificiel et les rites.
- Ce qu’on appelle « renoncement » n’est, sachez-le, office de Pându, rien d’autre que le yoga. Nul ne devient un yogin sans avoir renoncé à ses projets intéressés.
- Pour l’ascète qui se propose de gravir les degrés du yoga l’action est ce qui compte le plus ; mais une fois que ce même ascète est parvenu au sommet, ce qui compte davantage pour lui, c’est la quiétude.
- uN yogin est réputé parvenu au sommet de son ascèse lorsqu’il ne s’attache plus ni aux objets des sens ni aux actions, et qu’il a abandonné tous ses projets intéressés.
- Que l’on s’élève par ses propres forces, que l’on ne s’abaisse pas soi-même. Chacun est, en effet, à la fois un ami et un ennemi pour lui-même.
- Il a pour ami son propre Soi, celui qui s’est s’est vaincu lui-même. Mais pour celui qui est en guerre avec lui-même, son propre Soi se comporte comme un ennemi.
- Le Soi de celui qui s’est vaincu lui-même et connaît la paix demeure recueilli au milieu des sensations de chaud et de froid, de plaisir et de douleur, ainsi que dans l’honneur et dans le déshonneur.
- Il mérite pleinement son nom : le yogin qui a bu à satiété à la source de la connaissance et de la sagesse et qui, ses sens domptés se tient sur cette cîme. Pour lui, une pépite d’or n’a pas davantage de valeur qu’une pierre ou une motte de terre.
- Honneur à celui qui considère d’un œil égal compagnons et amis, ennemis ou indifférents, inconnus, adversaires ou alliés, bons ou méchants.
- Que le yogin se contrôle sans relâche, retiré à l’écart, solitaire, l’esprit dompté, sans ambition ni esprit de possession.
- Quand un lien purifié il se ménage un siège qui soit stable, ni trop ni trop bas, recouvert d’une étoffe d’une peau d’antilope ou d’herbe kusa.
- Et là, installé sur ce siège, l’esprit focalisé, toute activité de la pensée et des sens suspendue, qu’il pratique le yoga en vue de se purifier.
- Affermi, maintenant le corp, la tête et le cou alignés et immobiles, qui fixe son regard sur la pointe du nez, sans le laisser parcourir les horizons.
- L’esprit apaisé, libre de crainte, fidèle à son vœu de chasteté, sa pensée maîtrisée, l’esprit empli de moi, qu’il demeure concentré, tendu vers moi.
- Le yogin à l’intelligence domptée, qui toujours s’exerce de la sorte, accède à cette paix qui réside en moi et culmine dans l’Extinction.
- Le yoga Ô Arjuna, n’est pas pour celui qui abuse de la nourriture ni pour celui qui s’en abstient complètement ni pour celui qui dort trop, ni pour celui qui se prive de sommeil.
- Le yoga, destructeur de toute souffrance, est l’apanage de celui qui se modère en toute chose nourriture et distraction, effort dans l’action, sommeil et Veille.
- Quand l’esprit discipliné se tient uniquement dans le Soi, alors on dit que l’homme, affranchi de tous les désirs est parvenu à l’état de yoga.
- Une lampe à l’abri du vent dresse sa flamme immobile. C’est l’image consacrée du yogin qui, l’esprit maîtrisé, parvient à se concentrer en soi.
- Là où, contrariée par la pratique du yoga, la pensée vient à s’immobiliser et que, percevant le soi dans le Soi et par lui, on y trouve sa satisfaction,
- là où l’on éprouve cette félicité sans limite, saisissable par l’esprit mais non par l’es sens, si l’on s’y établit on ne dévie pas de la Réalité.
- Parvenu à cet état, on ne mettra aucune autre acquisition à plus haut prix et on en sera chassé par aucune par aucun malheur virgule si grand soit-il.
- C’est cette disjonction (vi yoga) d’avec la souffrance que l’on appelle paradoxalement yoga. C’est à elle que l’on doit s’exercer avec résolution et sans jamais se décourager.
- Abandonnant sans exception tous les désirs nés de l’imagination, domptant par la pensée la horde entière d’essence,on l’apaisera peu à peu par l’application résolue de l’intelligence.
- Une fois l’esprit installé dans le Soi, on ne devra plus penser à rien.
- D’où que jaillisse la fonction mentale, remuante et instable, c’est à cette source même qu’il convient de la réfréner et de l’assujettir au Soi.
- La suprême félicité échoit alors au yogin à l’esprit pacifié qui, ayant calmé ses passions et s’étant défait de toute souillure, est devenu le brahman.
- Le yogin, affranchi de souillure, qui toujours se gouverne ainsi, obtient aisément le bonheur infini que procure le contact avec le brahman.
- Celui dont l’âme est unifiée par le yoga, et qui jette sur toutes choses un regard égal, se contemple dans tous les êtres et contemple tous les êtres en lui-même.
- A celui qui me voit en toutes choses et voit toutes choses en moi, je ne fais jamais défaut, et lui non plus ne me fait jamais défaut.
- Celui qui, attaché à l’unité, vénère ma présence dans tous les êtres, celui-là ne cesse de vivre en moi, quelle que soit sa façon de vivre.
- Celui qui, s’inspirant de sa propre expérience, voit que joie et souffrance sont les mêmes chez tous les êtres, celui-là Ô Arjuna est reconnu comme le parfait yogin.
- Arjuna dit « ce yoga d’é et que tu enquanimité que tu enseignes ô vainqueur de Madhu : je vois mal comment il pourrait prendre racine en nous, compte tenu de son instabilité (naturelle).
- C’est notre esprit ô krishna est labile, impérieux, violent, obstiné. Je le vois aussi « difficile à maîtriser que le vent ! ».
- Le Bienheureux dit : « Nul doute, ô guerrier au grand bras, que l’esprit, dans son agitation, soit difficile à maîtriser. Il se laisse cependant conquérir Ô fils de Kunti, à force d’application et de détachement ».
- J’estime moi aussi, que ce yoga est difficile à atteindre pour celui qui ne sait pas dompté lui-même. Mais il peut l’être par celui qui, après s’être dompté lui-même virgule s’y efforce et mette en œuvre les moyens requis.
- Arjuna dit : « celui qui emplit de foi mais gardant un esprit instable virgule ne parvient pas à se hausser à la perfection du yoga, à quel destin est-il promis, Ô krishna.
- Ayant échoué dans l’une et l’autre voie virgule ne va-t-il pas Ô guerrier aux grands bras tel un nuage déchiqueté, faire naufrage, égaré et sans repère, sur le chemin de brahman ?
- C’est toi Ô krishna qu’il appartient de m’enlever ce doute. Nul autre que toi n’est qualifié pour le faire !
- Le Bienheureux dit : « Ô fils de Prtâ, cet homme ne périra ni en ce monde ni en l’autre. Quiconque, mon fils, s’engage dans de louables entreprises ne sauraient aller à sa perte.
- Celui qui a échoué dans la voie du yoga gagne le ciel des êtres vertueux et y séjourne un nombre incalculable d’années. Puis il renaît au foyer de gens purs et fortunés.
- Ou bien, il vient à l’existence dans une famille de sages yogin. A vrai dire une telle renaissance est des plus difficiles à obtenir en ce monde.
- Là, ô descendant des Kurus, il renoue avec l’état d’esprit qui était le sien dans sa précédente incarnation, et, avec un zèle redoublé, il s’efforce vers la perfection.
- Sans même le vouloir, il est entraîné par l’élan de ses efforts antérieurs. Même le simple souhait de connaître le yoga lui permet d’aller au delà du brahman parole.
- Ainsi, le yogin purifié de toute souillure, arrivé à la perfection au terme de nombreuses naissances, finit par atteindre le but suprême.
- Le yoga est supérieur aux austérités, supérieur même à la connaissance, supérieur également à l’action ; deviens donc un yogin ô Arjuna.
- Mais, parmi tous les yogins, je considère comme le plus accompli, celui qui me vénère du plus profond de son âme unie à moi.